Le train à travers les textes...

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Re: Le train à travers les textes...

Message par Hélène le Ven 15 Mai - 18:56

Allez lire en ligne ce petit livre " La Vie en Chemin de Fer" de Pierre Giffard écrit en 1888 et illustré par A.Robida...C'est délicieux...

La vie en chemin de fer / par Pierre Giffard ; ill. de A. Robida
La vie en chemin de fer / par Pierre Giffard ; ill. de A. Robida
Source: Bibliothèque nationale de France


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1028744

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Re: Le train à travers les textes...

Message par Hélène le Ven 15 Mai - 21:37

Non seulement c'est plein d'humour , surtout la galerie très caustique de portraits des voyageurs , mais çà fourmille d'anecdotes sur la vie du rail et le ton devient sérieux et plein de respect quand il s'agit d'évoquer certains métiers comme aiguilleur...
Mais les détails et le ton sont vraiment super , cf "les oreillers"

Les oreillers

Il n'y a pas bien longtemps qu'un original eut l'idée de louer au public des oreillers pour la durée d'une nuit. C'est au P-L-M qu'il fit ses premières offres de service; et chose digne de remarque on ne le traita pas comme un aliéné. On autorisa les essais, pour parler dans le style administratif. Des essais d'oreillers!
Les voyageurs virent bientôt, sur le quai de la gare de Marseille et à à Perrache et au boulevard Diderot, des grooms tenant une longue baguette, sur laquelle une douzaine d'oreillers étaient enfilés. La blancheur immaculée des taies, la parfaite propreté de ce nouvel accessoire donnèrent aussitôt des envies. Le prix était modique: vingt sous ! On en loua beaucoup, et l'industrie des oreillers est dès maintenant passée dans les moeurs. La compagnie de l'Est en eut bientôt. Chaque compagnie en aura, comme l'Est et le P-L-M.
Au début, on fit aux novateurs de l'oreiller une objection qui se fait souvent entendre en France, où l'on se défie toujours du client.
- Mais, leur dit-on, si les voyageurs emportent les oreillers chez eux au lieu de les laisser dans le filet !
O candeur administrative. Voyez-vous M. Prudhomme quittant le rapide à Marseille et emportant sous son bras, en guise de souvenir- l'oreiller sur lequel il a reposé sa tête ?
Cà se verrait trop !

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Re: Le train à travers les textes...

Message par Hélène le Lun 18 Mai - 18:27

On ne présente plus Jean Cocteau ( 1889- 1963 ) poète français, artiste aux multiples talents, graphiste, dessinateur, auteur de théâtre,cinéaste...

En écho au marathon d'Albert dans les gares parisiennes Wink



Gare de l'Est

Une kermesse dans la lune
Des hommes bleus attendent des trains pour la
lune
Toi
Un sleeping t'emporte
ô
ma triste bien-aimée
Dehors la nuit et la pluie
font jouer leurs phoques
sous les étoiles électriques

la nuit épèle ses réclames lu
mi
neuses


Nord Sud
Le conducteur gouverne l'aquarium I 8 rempli de
noyés
Il frappe avec son poing de cuivre la tête de turc du tramway éclairé
comme une boutique

Souviens-toi
dans ce fiacre
mes pauvres mains assassinées jonchant ta robe
Ah ! j'ai mal que j'ai mal au
coeur

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Re: Le train à travers les textes...

Message par Hélène le Sam 23 Mai - 9:31

Jean Orizet , poète ,est né en 1937 à Saint-Henry, près de Marseille...

J'aime beaucoup ce petit poème...Regard de poète qui rend toute une atmosphère...Regard qui pourrait être celui du photographe aussi...


Regard des poètes

Le train glisse contre les hauts-fourneaux du soleil.
Note unique sur partition de maïs, un corbeau modifie le jour.

Connu, le regard des poètes vivants touche au coeur des disparus.

Devant une blanquette à l'alsacienne de la Compagnie Internationale des Wagons-lits, je pense à Cendrars.

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Re: Le train à travers les textes...

Message par Hélène le Mar 26 Mai - 11:16

J'aurais pu mettre ce texte dans la partie musique puisqu'il a été composé par un chansionnier...mais vu l'ancienneté...Et puis il y a le ton joyeux et caustique de cette profession qui perdure à travers le temps...

Dominique Bonnaud est un chansonnier français, né et mort à Paris (1864-1943). Il débuta dans le journalisme en 1886, devint ensuite le collaborateur de R. Salis au Chat Noir (1893), puis fonda en 1898 le Cabaret des Arts et en 1904, le Logis de la Lune Rousse. Très connu à son époque, il a écrit de nombreuses revues et chansons.


Conseil des ministres à Rambouillet

En gar' de Rambouilllet,
Après un léger coup d' sifflet,
Un train vient de stopper
Et d'vant les badauds attroupés,
D'vant le maire et l'sous-préfet
Et l'corps des pompiers au complet,
Léger comme l'oiseau
Descend l'ministère Clemenceau.
Ces Messieurs, chose évidente,
Ont l'air très gai,
Car Clemenceau, pendant l'trajet,
Leur a fait des blagu's tordantes,
Tell'ment tordant's qu'ils n'ont que l'temps
De s'écarter un p'tit instant.
Et les sympathiqu's électeurs,
Qui s'approchaient la bouche en coeur,
Tout épatés,
Les voient s' trotter
Vers un d' ces monuments d'utilité publique,
Puis en sortir,
Et revenir
Après avoir secoué...quelques mains sympathiques.

Puis dans leur train,
Avec entrain,
Après avoir choisi des plac's à leur conv'nance,
Tous ces Messieurs
Remont'nt joyeux
Et fiers d'avoir encore un' fois sauvé la France !

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Re: Le train à travers les textes...

Message par Hélène le Mar 26 Mai - 18:32


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Re: Le train à travers les textes...

Message par Hélène le Lun 1 Juin - 19:34

Une belle poètesse (oups..drôle comme je n'aime pas le féminin de beaucoup de mots... ) Anna de Noailles (1876-1933 ) Ses poèmes sont plein d'amour de vivre, de la joie pleine de désirs... à la mélancolie la plus sombre...





On retrouve cet ardent goût des choses de la vie dans son évocation du voyage en train...

VOYAGES

Un train siffle et s'en va, bousculant l'air, les routes,
L'espace, la nuit bleue et l'odeur des chemins ;
Alors, ivre, hagard, il tombera demain
Au cœur d'un beau pays en sifflant sous les voûtes.

Ah ! la claire arrivée au lever du matin !
Les gares, leur odeur de soleil et d'orange,
Tout ce qui, sur les quais, s'emmêle et se dérange,
Ce merveilleux effort d'instable et de lointain !

- Voir le bel univers, goûter l'Espagne ocreuse,
Son tintement, sa rage et sa dévotion ;
Voir, riche de lumière et d'adoration,
Byzance consolée, inerte et bienheureuse.

Voir la Grèce debout au bleu de l'air salin,
Le Japon en vernis et la Perse en faïence,
L'Egypte au front bandé d'orgueil et de science,
Tunis, ronde, et flambant d'un blanc de kaolin.

Voir la Chine buvant aux belles porcelaines.
L'Inde jaune, accroupie et fumant ses poisons,
La Suède d'argent avec ses deux saisons,
Le Maroc, en arceaux, sa mosquée et ses laines…

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Re: Le train à travers les textes...

Message par Hélène le Ven 5 Juin - 14:26

J'aime beaucoup la poésie de Pierre Reverdy (1889-1960 ) ... L'un des initiateurs du surréalisme avant de se consacrer à son choix d'une vie en religion, et à des poèmes plus mystiques...J' y vois une gravité pleine de mélancolie et les mots sont pesés, jamais là par hasard...

C'est lui qui disait : "il ne pleut plus que sur les arbres et sur ma tête" mais aussi le très beau "Il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour."

Un lien vers un beau site... ici



Départ

L’horizon s’incline
Les jours sont plus longs
Voyage
Un cœur saute dans une cage
Un oiseau chante
Il va mourir
Une autre porte va s’ouvrir
Au fond du couloir
Où s’allume
Une étoile
Une femme brune
La lanterne du train qui part

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Re: Le train à travers les textes...

Message par Hélène le Dim 7 Juin - 17:07

J'ai parlé avec Larbaud, Cendrars de ces voyageurs poètes et écrivains arpentant l'Europe à bord des trains...Il faut rajouter à cette liste, le diplomate Paul Morand ( 1888-1976 ) et amateur du luxe de l'Orient-Express , . qu'il a beaucoup emprunté pour rejoindre ses ambassades, racontant ses voyages et impressions dans de nombreux ouvrages.


Déplacement ( feuilles de température 1920 )

Le wagon-salon est rédigé en style pompéien
avec, au centre d'un motif de fruits:
COMPAGNIE INTERNATIONALE DES WAGONS-LITS ET DES GRANDS EXPRESS EUROPEENS.
Le train gémit, panier d'osier
plein de vitesse.
Les vitres tremblent.
Dans les courbes les cendriers tombent.
Le ministre salit la glace
avec son haleine et ses cheveux.
Il s'intéresse à la route parallèle,
à l'hommage des disques prosternés à genoux,
aux flaques d'eau dans la campagne,
verre pilé,
à l'orage qui s'effondre par un trou.
Le long des fils les télégrammes d'agences nous
accompagnent.
Coups de poing des voyages inverses,
Gifles noires des tunnels.
Aux aiguilles le train oublie le refrain
et bafouille.
Nous sommes gobés par la gare comme un oeuf.
(....)


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Re: Le train à travers les textes...

Message par Hélène le Mar 9 Juin - 9:38

J'ai déjà parlé de Jean-Claude Pirotte , ce poète dans la marge...Peut-être est-ce pour celà que les trains y ont un écho... Je remets le lien vers un site qui parle de lui ... http://pagesperso-orange.fr/marincazaou/cont/pirotte/index.html

Un autre de ses poèmes

Donne ta langue au chat
tu prends le train demain
tu ne sais pas pour où
ni quand tu reviendras
tu ne reviendras pas ?

tu prends le train demain
tu ne seras pas là
quand tu arriveras
personne ne t'attend

dans la gare de personne
et dans l'hôtel non plus
tu ne reconnaîtras
ni l'ombre ni la voix

cependant c'est bien toi
cet étrange bonhomme
que tu ne connais pas
et qui descend du train
tu ne devines rien ?
donne ta langue au chat


( La Boîte à musique Pierre Moranghe )

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Re: Le train à travers les textes...

Message par Hélène le Sam 13 Juin - 18:11

Ludmilla Podkosova est née à Reims en 1970. Enseignante de Lettres-Histoire ,elle a publié plusieurs recueils de poèmes...


C'est par un voyage qu'est né le poème. Je

pars, tu pars, il part, nous partons. Toujours

attendre au lieu du départ. Toujours ce regard

qui pourchasse l'anecdote, l'indéfini, l'im-

précis. Parfois une parole amoureuse te mur-

mure. Ce que j'adore chez toi, c'est ce regard

qui trouve les détails d'un jour. Détail et mot.

Mot et image. Image et poème. Poème et désir.

Désir et voyage. Voyage et wagon. Wagon et

carnet. Carnet et roller. Commande du café qui

fera démarrer le train, commencer le voyage.

Et puis ce mot qui vient sur ce qui : alcôve.

Alcôve, de 1'italien alcova; de l'arabe al koba.

Enfoncement marqué dans une chambre pour

placer un lit. Du feu entre les bois; de la cendre

sur des nuages; de 1'amour pur pour le coeur;

des rideaux chassés par le souffle des bouches;

de l'amour pour ton coeur errant; et peut-être

des mots comme pour tout paysage.

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Re: Le train à travers les textes...

Message par Hélène le Lun 15 Juin - 16:18

Encore un poète contemporain aux mots superbes...Pentti Holappa est né le 11 août 1927 à Ylikiiminki dans le nord de la Finlande. Ayant vécu un temps en France, il a traduit dans sa langue, de nombreux auteurs français...

Des mots à la musique très belle...



L'amour parle sous tant d'apparences.
Un train illuminé traverse la chair de la nuit sans bruit,
le ciel se voûte à l'invisible,
la terre gorgée d'eau halète sans relâche,
les étoiles frissonnent,
une ville flamboie au centre névralgique de l'âme.
Un cri solitaire est emprisonné derrière les dents,
Il descend la gorge en tourbillonnant puis il arrache les
cellules
dans sa bourrasque, jusqu'à l'explosion.
Ensuite, il pleut, dans l'espace planétaire,
la poussière, le silence.

( Cinquante deux, 1979 )

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Re: Le train à travers les textes...

Message par Hélène le Jeu 18 Juin - 14:29

Dans le même style que les trains et les vaches, j'aime bien ces petites phrases qui détournent la réalité...En voici une de Gilbert Cesbron ( l'écrivain préféré de ma prime jeunesse quand j'avais encore des illusions... J'en ai toujours ? Ben oui, heureusement... Laughing )

Les immeubles bâtis le long des voies de chemin de fer ont mauvaise mine parce qu'ils dorment mal.

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Re: Le train à travers les textes...

Message par Vagabondurail le Jeu 18 Juin - 19:34

Objection, votre honneur !!

Permettez au modeste gardien que je suis de me faire l'avocat d'immeubles bâtis le long des voies.

et puis où c'est-t'y que vous avez vu qu'elle a mauvaise mine ma résidence! Avec tout le soin que je lui apporte...

Les immeubles dorment très bien, merci; par contre, leurs occupants un peu moins... Twisted Evil


Amicalement,
Daniel
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Re: Le train à travers les textes...

Message par Hélène le Jeu 18 Juin - 20:46

Laughing

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Re: Le train à travers les textes...

Message par Hélène le Dim 5 Juil - 9:21

Abdellatif Laâbi est un écrivain et poète marocain dont les mots sont à l'image de sa vie...Forts , vibrants, sans concession et en accord avec lui-même...Un homme juste, j'ai envie d'écrire...

Mais c'est lui qui le dit le mieux...« C’est ma vie que je mets là en mots que je traduis en images plus ou moins heureuses
que j’interroge, bouscule et presse comme un citron »

http://www.laabi.net/index.html



Deux heures en train
( l'Etreinte du monde.)


En deux heures de train
je repasse le film de ma vie
Deux minutes par année en moyenne
Une demi-heure pour l'enfance
une autre pour la prison
L'amour, les livres, l'errance
se partagent le reste
La main de ma compagne
fond peu à peu dans la mienne
et sa tête sur mon épaule
est aussi légère qu'une colombe
À notre arrivée
j'aurai la cinquantaine
et il me restera à vivre
une heure environ

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Re: Le train à travers les textes...

Message par Hélène le Lun 6 Juil - 14:11

Il s'agit d'un article paru dans le Monde en 1857 pour l'inauguration du Chemin de fer du Midi... Avec toute la grandiloquence qui caractérisait les discours et les écrits d'alors...mais qui trahissait aussi une confiance inébranlable en l'avenir... C'est là qu'on peut mesurer le mal, fait aussi à ce niveau là, par les guerres qui allaient déferler sur l'Europe... ICI

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Re: Le train à travers les textes...

Message par Hélène le Mer 15 Juil - 19:01

François Coppée ( 1842-1908) peut être considéré comme le poète de l'ordinaire, de Paris et des petites gens...Beaucoup de lyrisme dans son oeuvre..

Pour lire ses poèmes... http://www.poesies.net/coppee.html

(...)
La malle d'Olivier fut vite terminée.
Sans doute il y régnait le désordre insolent
Qu'a le porte-manteau d'un acteur ambulant.
Mais un quart d'heure après avoir bouclé l'agrafe,
Il pouvait, à travers les fils du télégraphe,
D'où les petits oiseaux s'envolaient ayant peur,
Le front hors du wagon qu'emportait la vapeur
Et les cheveux livrés ati vent qui les fouette,
Voir de Paris décroître au loin la silhouette,
Et, semés de murs gris et de blanches maisons,
Verdoyer au soleil les vastes horizons.

L'express courut avec la vitesse d'usage,
Pour s'arrêter enfin dans un frais paysage
Où l'heureux voyageur, ivre d'émotion,
Reconnut, attendant devant la station,
Au milieu des enfants qui demandaient l'aumône,
La vieille diligence, et, sur la caisse jaune,
Put lire, écrit en noir, le nom de son pays.


(...)
Aussi quel éclair brille en ses regards flétris,
Quand il entend crier enfin ce mot : Paris!
Par la sonorité de la salle d'attente!
Comme il s'installe, avec une fureur contente
Et des gestes nerveux, dans le wagon souillé,
Infectant le cigare et le vieux drap mouillé.
- En route! siffle donc, sombre locomotive!
Ébranle-toi, train noir! et toi, chauffeur, active
Le foyer rouge avec le charbon du tender;
Car le bruit furieux du lourd galop de fer
Et les cris déchirants de la machine en flamme
Peuvent seuls dominer l'orage de cette âme.
A Paris! à Paris! Vole, monstre trop lent!
Dans la nuit des tunnels disparais en hurlant.
Qu'importe que le vent gémisse et que l'eau pleuve?
Va, cours! et, pour franchir le vallon ou le fleuve,
Fais des ponts de métal frémir le tablier!
Car ce voyageur sombre a hâte d'oublier,
De s'étourdir... Va donc, infernale machine!
(...)

( Olivier )





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Re: Le train à travers les textes...

Message par Hélène le Lun 20 Juil - 17:16

J'aime bien mélanger ici les très connus et ceux que la postérité n'a pas vraiment retenus...René Purnal , poète Belge mort en 1970 est de ceux-là...Il n'a publié que pendant quelques années et est mort seul dans un sanatorium...

Un jour peut-être , au hasard des modes, on le redécouvrira... Ses poèmes en valent bien d'autres de son époque...Alors, qui sait...C'est ce qui différencie l'écrit et fait sa force...Il reste... cf ICI



Jeux de circonstance

Trente-six jours que nous roulons,
Le train concasse un air sans âge,
Beaucoup plus de mouches que d’ombre,
Avons le mal du paysage.

- Pourriez-vous me dire, ma chère,
Où se trouve l’embarcadère
Des objets perdus ?

Ah ! la lumière est trop parfaite !
Ah ! tout devient trop difficile !
Que m’importe la vie à naître
Si je n’y puis trouver asile

Pour mes songes qui ne sont plus ?


René PURNAL, Cocktails, (Écrits du Nord)

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Re: Le train à travers les textes...

Message par Hélène le Ven 24 Juil - 17:44

Un poète d'aujourd'hui Bernard Chambaz Un lien ICI


ROMANCE SANS ISSUE

Les soirs d’hiver s’effilochent au long des fumées
Les fumées se rappellent les vies inexistées
Les vies inexistées pendant au bord des chemins de fer
Les chemins de fer mènent aux chambres inconsolées
Les chambres inconsolées blanchissent au fond du ciel
Le fond du ciel effeuille le sein d’Aurélia
Aurélia auréole la séparation
La séparation module les paysages
Les paysages trempent dans le cri d’autrefois
Le cri d’autrefois déterre l’oubli brumeux
L’oubli brumeux resuspend l’attente hors du temps
L’attente hors du temps tire sur les vieilles ficelles
Les vieilles ficelles flottent et les paquets s’égarent.

Le coeur désert se serre autour des clous rouillés
Les clous rouillés tombent des palissades pourries
Les palissades pourrissent à cause de la vieille pisse
La vielle pisse a soif d’eau de javel céleste
L’eau de Javel irise les roseurs du soir
Les roseurs du soir sonnent l’angélus
L’angélus roucoule au dessus des provinces
Les provinces s’enfoncent dans le déclin sans fin
Le déclin sans fin scrute les crochets à volets
Les crochets à volets tristement baissent la tête
Tête basse on s’en va le long des soliloques
Les soliloques disent que tout s’effiloche
Tout s’effiloche à cause des éviers bouchés.
Les graffitis prostituent la pénombre intime
La pénombre intime entoure le clitoris
Le clitoris apparaît dans la chambre obscure
La chambre obscure appelle les miracles de neige
La neige renouvelle la rencontre ancienne
La rencontre ancienne émerge des nymphéas
Les nymphéas recouvrent les mers crépusculaires
Les mers crépusculaires enflent le chant des sirènes
La voix des sirènes creuse le désir sans fin
Le désir sans fin jouit seul au coeur des banquises
Les banquises empourprent le soir des brasseries
Les brasseries brassent l’exil des voyageurs
L’ombre des voyageurs va jusqu’au bout des mégots.

Les voyageurs du froid prennent des trains du soir
Les trains du soir traversent l’oubli angoissé
L’oubli angoissé ouate le lointain des plaines
Le plaines poussent les moutons dans le néant
Le néant hulule au large du cap Blanc-Nez
Le cap Blanc-Nez regarde monter la nuit des temps
La nuit monte ouvrant l’éventail des existences
Les existences obscures écrasent les araignées
Les araignées écrasées gardent le mystère
Le mystère émane des sapins solitaires
Les sapins solitaires enterrent les âmes mortes
Les âmes mortes auréolent les hangars de tôle
Les hangars de tôle subissent tous les nuages.

(...)

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Re: Le train à travers les textes...

Message par Hélène le Jeu 3 Sep - 22:10

Une amie qui aime la littérature indienne m'a passé ce texte extrait du livre Bibhouti de Bhousan Banerji La complainte du sentier

(...)
Un peu plus loin il vit avec surprise une chaussée élevée, ressemblant à la grand-route de Nababganj, qui, partageant le champ en deux, s’en allait au loin à droite et à gauche. Des tas de cailloux rouges étaient entassés sur les cotés. Des poteaux de fer tout blancs semblaient être attachés par des quantités de cordes. Aussi loin qu’on pouvait voir il y avait ces mêmes poteaux blancs reliés par des cordes.
« Regarde la voie ferrée », dit son père. Apou d’un bond traversa la barrière et monta sur la voie. Puis il contempla avec étonnement la voie ferrée qui s’en allait des deux côtés. Pourquoi y avait-il toujours ces barres de fer étendues par terre ? Etait-ce là-dessus que passait le train ? Pourquoi passait-il sur du fer et non sur la terre nue ? Est-ce qu’il ne glissait pas ? Comment appelait-on ça ? Quel était ce bruit à l’intérieur ? Dans les fils les nouvelles circulaient ? Qui les envoyait ? Comment les envoyaient-ils ? Y avait-il une gare de ce coté-ci ? ou de coté-là ?
« Papa, demanda-t-il, quand est-ce que le train viendra ? Je veux le voir.
(...)

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Re: Le train à travers les textes...

Message par Hélène le Jeu 10 Sep - 14:44

Philippe Delerm : Celui qui saisit si bien l'atmosphère des petits moments de bonheur et des premières gorgées de bière, ne pouvait être que sensible à celle des voyages et des trains..

"Revoir Paris. Arrivé à la gare du Nord, monsieur Spitzweg se surprend à siffloter la chanson de Trenet... Ah oui! finalement, c'est surtout pour çà qu'il est parti. Dans la rumeur de sept heures du matin, une grande bouffée de Paris lui monte au coeur et c'est plus fort que toutes les vagues de la mer du Nord. Il prend un café sur le zinc, dans les annonces des haut-parleurs "le T.G.V. 2525 à destination de Bruxelles partira de la voie 8.." Mais on peut bien parler d'ailleurs, Arnold sait désormais qu'il est ici. Cette désinvolture du serveur, l'odeur des journaux frais, un je-ne-sais-quoi de parisien dans l'arôme du café... Monsieur Spitzweg reprend sa valise et hume les couloirs du métro comme un jardin d'essences rares. (...) "

( Il avait plu tout le dimanche Philippe Delerm )

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Re: Le train à travers les textes...

Message par Hélène le Dim 20 Sep - 18:18

Je n'avais pas encore parlé de Victor Hugo ( 1802 - 1885 ) ...Difficile d'écrire quelque chose sur un tel homme et écrivain...On se sent petit... Ses idées, ses actions politiques... Son écriture est tellement riche, bouillonnante... Son style, une telle maîtrise du Français... ( Bon, ce n'est pas la peine que je vous dise que j'admire cet homme ... '' et qu'apprendre ses poésies à l'école, c'est le réduire à bien peu de choses...)





Il est évident qu'un homme qui a autant marqué son époque, ce génie et visionnaire politique, ne pouvait que s'intéresser au train...
Seulement en pur homme de lettres transformant en allégorie tout ce qu'il voyait, Hugo ne pouvait pas se passionner pour la machine et sa technologie...D'abord très réticent à l'invention de cette machine du diable, il a été très vite conquis par le seul intérêt qu'elle présentait à ses yeux..la rapidité des transports et l'accélération des voyages. Il allait donc pouvoir voyager plus vite et découvrir plus de choses...

Comme cela apparaît clairement dans cette Lettre à Adèle...


Vous qui ne voyagez jamais autrement que par l’esprit, allant de livre en livre, de pensée en pensée, et jamais de pays en pays, vous qui passez tous vos étés à l’ombre des mêmes arbres et tous vos hivers au coin de la même cheminée, vous voulez, dès que je quitte Paris, que je vous dise, moi vagabond, à vous solitaire, tout ce que j’ai fait et tout ce que j’ai vu. Soit. J’obéis.

Ce que j’ai fait depuis avant-hier 18 juillet? Cent cinq lieues en trente-six heures. Ce que j’ai vu? J’ai vu Étampes, Orléans, Blois, Tours, Poitiers, et Angoulême.
En voulez-vous davantage? Vous faut-il des descriptions? Voulez-vous savoir ce que c’est que ces villes, sous quels aspects elles me sont apparues, quel butin d’histoire, d’art et de poésie, j’y ai recueilli chemin faisant, tout ce que j’ai vu enfin? Soit. J’obéis encore.

(...)

Voilà ce que c’est que la France quand on la voit en malle-poste. Que sera-ce lorsqu’on la verra en chemin de fer?

( Victor Hugo En voyage. Alpes et Pyrénées )



Mais Victor Hugo n'aurait plus été Victor Hugo, s'il n'avait pas magnifié l'objet de sa description, transformant la locomotive en bête véritable ( le cheval apparait tout naturellement chez cet habitué des diligences), vis-à-vis de laquelle on sent chez lui, une certaine méfiance...Non, monsieur Hugo n'aime pas les trains en eux-même, mais ils lui en imposent...Il ignore la technique mais aime le confort... Et surtout avec cet oeil digne d'un peintre ou d'un photographe, capable de tout voir et de tout restituer par le talent immense de son écriture , il a perçu la beauté du mouvement qui transforme le paysage en un décor décomposé et irréel...

Le texte qui résume le mieux tous ses sentiments est cet extrait de lettre à sa femme ...

22 août
Je suis réconcilié avec le chemin de fer ; c’est décidément très beau. Le premier que j’avais vu n’était qu’un ignoble chemin de fabrique. J’ai fait hier la course d’Anvers à Bruxelles et le retour. […]
C’est un mouvement magnifique et qu’il faut avoir senti pour s’en rendre compte. La rapidité est inouïe. Les fleurs du bord du chemin ne sont plus des fleurs, ce sont des taches ou plutôt des raies rouges ou blanches ; plus de points, tout devient raie ; les blés sont de grandes chevelures jaunes, les luzernes sont de longues tresses vertes ; les villes, les clochers et les arbres, dansent et se mêlent follement à l’horizon ; de temps en temps, une ombre, une forme, un spectre debout paraît et disparaît comme l’éclair à côté de la portière ; c’est un garde du chemin qui, selon l’usage, porte militairement les armes au convoi. On se dit dans la voiture : c’est à trois lieues, nous y serons dans dix minutes. Le soir, comme je revenais, la nuit tombait. J'étais dans la première voiture. Le remorqueur flamboyait devant moi avec un bruit terrible, et de grands rayons rouges, qui teignaient les arbres et les collines, tournaient avec les roues. Le convoi qui allait à Bruxelles a rencontré le nôtre. Rien d'effrayant comme ces deux rapidités qui se côtoyaient, et qui, pour les voyageurs, se multipliaient l'une par l'autre; on ne voyait passer ni des wagons, ni des hommes, ni des femmes, on voyait passer des formes blanchâtres ou sombres dans un tourbillon. De ce tourbillon sortaient des cris, des rires, des huées. Il y avait de chaque côté soixante wagons, plus de mille personnes ainsi emportées, les unes au nord, les autres au midi, comme par l'ouragan.
Il faut beaucoup d'efforts pour ne pas se figurer que le cheval de fer est une bête véritable. On l'entend souffler au repos, se lamenter au départ, japper en route; il sue, il tremble, il siffle, il hennit, il se ralentit, il s'emporte: il jette tout le long de la route une fiente de charbons ardents et une urine d'eau bouillante; d'énormes raquettes d'étincelles jaillissent à tout moment de ses roues ou de ses pieds, comme tu voudras, et son haleine s'en va sur vos têtes en beaux nuages de fumée blanche qui se déchirent aux arbres de la route.
On comprend qu'il ne faut pas moins que cette bête prodigieuse pour traîner ainsi mille ou quinze cents voyageurs, toute la population d'une ville, en faisant douze lieues à l'heure.
Après mon retour, il était nuit, notre remorqueur a passé près de moi dans l'ombre se rendant à son écurie, l'illusion était complète. On l'entendait gémir dans son tourbillon de flamme et de fumée comme un cheval harassé.
Il est vrai qu'il ne faut pas voir le cheval de fer; si on le voit, toute la poésie s'en va. À l’entendre, c'est un monstre, à le voir ce n'est qu'une machine. Voilà la triste infirmité de notre temps; l'utile tout sec, jamais le beau. Il y a quatre cents ans, si ceux qui ont inventé la poudre avaient inventé la vapeur, et ils en étaient bien capables, le cheval de fer eût été autrement façonné et autrement caparaçonné ; le cheval de fer eût été quelque chose de vivant comme un cheval et de terrible comme une statue. Quelle chimère magnifique nos pères eussent faite avec ce que nous appelons la chaudière ! Te figures-tu cela ? De cette chaudière ils eussent fait un ventre écaillé et monstrueux, une carapace énorme; de la cheminée une corne fumante ou un long cou portant une gueule pleine de braise; ils eussent caché les roues sous d'immenses nageoires ou sous de grandes ailes tombantes ; les wagons eussent eu aussi cent formes fantastiques, et, le soir, on eût vu passer près des villes tantôt une colossale gargouille aux ailes déployées, tantôt un dragon vomissant le feu, tantôt un éléphant la trompe haute, haletant et rugissant ; effarés, ardents, fumants, formidables, traînant après eux comme des proies cent autres monstres enchaînés, et traversant les plaines avec la vitesse, le bruit et la figure de la foudre. C'eût été grand.
Mais nous, nous sommes de bons marchands bien bêtes et bien fiers de notre bêtise. Nous ne comprenons ni l'art, ni la nature, ni l'intelligence, ni la fantaisie, ni la beauté, et ce que nous ne comprenons pas, nous le déclarons inutile du haut de notre petitesse. C'est fort bien. Où nos ancêtres eussent vu la vie, nous voyons la matière. II y a dans une machine à vapeur un magnifique motif pour un statuaire; les remor queurs étaient une admirable occasion pour faire revivre ce bel art du métal traité au repoussoir. Qu'importe à nos tireurs de houille ! Leur machine telle qu'elle est dépasse déjà de beaucoup la portée de leur lourde admiration. Quant à moi, on me donne Watt tout nu, je l'aimerais mieux habillé par Benvenuto Cellini.

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Re: Le train à travers les textes...

Message par Vagabondurail le Dim 20 Sep - 18:38

Bonsoir Hélène,

C'est franchement à couper le souffle!...
On a la chair de poule à lire les paroles de ce monument à l'immagination si fertile qu'on se demande comment il peut arriver à écrire au fur et à mesure qu'il pense, tellement ses pensées jaillissent vite, dotées d'une telle maîtrise du verbe et du vocabulaire!

Admiration.


Amicalement,
Daniel
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Re: Le train à travers les textes...

Message par Hélène le Ven 25 Sep - 18:13

Jeux de ...trains....pleins de fraîcheur d'un poète contemporain, Jean-Pierre Lesieur.



Ce qu'elle voulait la gare
C'était prendre le train
Dans ses bras...

Les bibiiothèques de gare
Vendent des romans de gare
Qui ne parlent jamais de train.

Henri IV lançait des panaches de fumée
Qui dépassaient son cheval blanc
Alors qu'on n'avait pas encore inventé les trains.

La petite fleuriste de la gare de Bayonne
Vendait aussi du jambon
Rose comme ses fleurs.

Bon voyage...Bon voyage
hurlait le train dès qu'il pénétrait dans un tunnel
Aussi noir qu'un mauvais rêve.

Un train qui reste coincé dans un tunnel
ou il est hors gabarit
ou il a trop mangé.

Il voulait mettre un protège-dents à la locomotive
Pour lui éviter l'électrocution.

Avant les locomotives sifflaient
Maintenant elles se parlent
Par ordinateur interposé
Et ne se comprennent pas mieux.

De faux départ
En faux départ
Il aurait bien voulu en faire un vrai.

(...)

( Aphorismes et petits textes )

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Re: Le train à travers les textes...

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